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Les gloutons de méthane dans les rivières ne nous sauveront pas du changement climatique.

Des chercheurs ont étudié la capacité de certaines bactéries à consommer le méthane dans les rivières avant qu'il n'atteigne l'atmosphère.

Peer-Reviewed Publication

University of Liège

Le méthane (CH4) est le deuxième gaz à effet de serre le plus puissant après le dioxyde de carbone (CO2). Les rivières constituent une source importante de méthane vers l’atmosphère, correspondant à environ un tiers des émissions issues de l’agriculture, qui est l’activité anthropique contribuant le plus à l’augmentation du méthane dans l’atmosphère.

L’émission de méthane par les rivières résulte du bilan entre la production de méthane par méthanogenèse - le processus biologique par lequel certains micro-organismes produisent du méthane comme produit final de leur métabolisme - dans les sols et les sédiments des rivières, et la perte de méthane par oxydation microbienne - le processus par lequel les micro-organismes "consomment" des molécules pour extraire de l'énergie ou de la biomasse. Le méthane est une molécule simple et riche en énergie (pour preuve on l’utilise comme combustible sous forme de gaz naturel), ce qui en fait un substrat privilégié pour certaines bactéries spécialisées dans l’utilisation du méthane comme source d’énergie et de biomasse. Des bactéries qui sont capables de consommer ce méthane avant qu'il n'atteigne l'atmosphère.

Mais l’oxydation microbienne du méthane reste toutefois très peu étudiée. Expert dans le domaine du cycle du méthane, Alberto Borges, directeur de recherches du FNRS à l'ULiège, a souhaité se pencher sur la question. "Nous avons mené une étude en Belgique et en Afrique afin de caractériser la variabilité de l'oxydation microbienne du méthane dans les rivières. Nous avons montré que l’oxydation est plus importante dans les rivières africaines que dans les rivières belges, ces dernières sont fortement perturbées par l’aménagement des berges, qui réduit l’apport des communautés microbiennes des sols vers les rivières, ainsi que par la filtration intense exercée par la corbicule asiatique, une espèce invasive de bivalve."

L'étude menée à l'ULiège a également montré que l’oxydation microbienne du méthane est très faible dans les rivières de tête de bassin, alors que celles-ci sont responsables de la très grande majorité des émissions de méthane dans l'atmosphère. Ce qui nous a amené à la conclusion que l’augmentation de la production de méthane attendue en réponse au réchauffement climatique ou à l’eutrophisation (la pollution par les nitrates) ne sera malheureusement pas compensée par l’oxydation microbienne, qui constitue pourtant un filtre naturel des émissions de méthane. Ce filtre naturel est d’autant plus atténué par la perturbation humaine du fonctionnement naturel des rivières (aménagement de berges et présence d’espèces envahissantes filtrantes).


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