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Langage et conscience : un dialogue essentiel au cœur de notre esprit

Une étude menée démontre que ces deux fonctions cérébrales entretiennent une relation bidirectionnelle, bien plus profonde qu'on ne le pensait.

Peer-Reviewed Publication

University of Liège

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The interaction between language and consciousness

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Credit: University of Liège / C.Aubinet

La relation entre langage et conscience intéresse la communauté scientifique depuis des décennies. La plupart d'entre nous convient du fait que l'on peut être conscient sans forcément parler ou traiter du langage, comme par exemple dans le cas des émotions, des sensations ou des perceptions visuelles. Pourtant, le langage pourrait jouer un rôle bien plus important dans notre vie consciente qu'on ne l'imagine. C'est en tout cas ce que suggère cette revue critique mettant en lumière plusieurs recherches récentes menées en neuroimagerie, en psychologie cognitive et en neuropsychologie.

 

"Nous avons découvert une distinction fondamentale entre différents niveaux de traitement du langage, explique Charlène Aubinet, neuropsychologue et logopède au sein du Coma Science Group. Les processus de bas niveau - comme la reconnaissance des sons de la parole ou l'identification de mots simples - peuvent se produire même lorsque la conscience est fortement réduite, par exemple pendant le sommeil profond, sous anesthésie, ou chez des patients en état de conscience altérée après une lésion cérébrale sévère. En revanche, les processus plus complexes, comme la compréhension d'une phrase entière ou l'intégration d'idées abstraites, semblent nécessiter un état de conscience élevé." L'étude des patients en éveil de coma (une phase cruciale de transition entre le coma et le retour de la capacité à communiquer) a permis de mettre en évidence des trajectoires de récupération parallèles entre langage et conscience.

 

Plus remarquable encore, des signes de traitement du langage peuvent parfois précéder et même prédire le retour d'un état de conscience. "Cette observation a des implications cliniques majeures, reprend la chercheuse, car elle invite à la prudence dans l'interprétation de l'absence de réponses verbales comme signe d'absence de conscience." Les chercheurs soulignent également que le langage - et notamment le langage intérieur, cette petite voix dans notre tête - pourrait contribuer à façonner notre expérience consciente et soutenir des formes de pensées élaborées comme la conscience de soi et la métacognition, c'est-à-dire notre capacité à réfléchir sur nos propres processus mentaux.

 

Des études menées chez des patients aphasiques (des personnes souffrant d'un trouble du langage résultant d'une lésion cérébrale) montrent d'ailleurs que les troubles du langage s'accompagnent souvent de difficultés dans ces domaines. Ces résultats remettent en question les positions simplistes qui considéraient la conscience soit comme totalement indépendante du langage, soit comme une condition nécessaire au langage. La réalité apparaît bien plus nuancée avec ces deux fonctions qui entretiennent des relations dynamiques et potentiellement co-constructives, qui dépendent des niveaux de traitement cognitifs impliqués. Si le langage ne crée pas la conscience, il semble néanmoins entretenir avec elle une relation bidirectionnelle, profonde et encore mystérieuse. De futures recherches devront préciser ces liens et éclairer leur rôle dans la compréhension et la prise en charge des troubles de la conscience.


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