image: « Même si les papillons pouvaient manger autant qu’ils le voulaient, ils ne pouvaient pas compenser la moindre qualité du nectar » Heather Kharouba — Professeure et titulaire de la Chaire de recherche en écologie du changement planétaire view more
Credit: L'Université d'Ottawa
Le monarque est un papillon doté depuis toujours d’une résilience inouïe. À l’automne, ce délicat voyageur orange et noir entreprend un périple si improbable qu’il tient presque du mythe. Il parcourt en effet quelque trois mille kilomètres, depuis les champs du Canada jusqu’aux forêts montagneuses du Mexique, pour y passer l’hiver. S’il a survécu à la destruction de son habitat, à des conditions météorologiques extrêmes et aux pesticides, une nouvelle étude de l’Université d’Ottawa suggère toutefois qu’un nouvel obstacle se dresse désormais sur son chemin. Le coupable? Le nectar. Il semblerait que la principale source de nourriture du monarque n’est plus ce qu’elle était.
À l’été 2023, une équipe de scientifiques dirigée par Heather Kharouba, professeure agrégée au Département de biologie de l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche de l’Université en écologie du changement planétaire, a mené une expérience simple, mais révélatrice. Au lieu de se concentrer uniquement sur les papillons, l’équipe s’est également intéressée aux plantes dont dépend le monarque pendant sa migration.
Une menace discrète, mais potentiellement grave pour la survie du monarque
L’équipe a observé qu’une infime augmentation de la température, d’à peine 0,6 °C, suffisait à réduire la qualité du nectar produit par les plantes. Le monarque se nourrissant de ces fleurs « réchauffées » accumulait environ un quart de graisse corporelle en moins que ses congénères.
« C’est le réchauffement qui rend le nectar moins nutritif. Même si les papillons pouvaient manger autant qu’ils le voulaient, ils ne pouvaient pas compenser la moindre qualité du nectar », explique la professeure Kharouba.
Les changements climatiques détériorent la qualité du nectar
Menée par Katherine Peel, étudiante à la maîtrise attachée au laboratoire de recherche de la Dre Kharouba, l’expérience s’est déroulée au Jardin écologique Fletcher à Ottawa, avec le concours d’Environnement et Changement climatique Canada et de l’Université Western. L’équipe s’est assurée que seules les plantes étaient réchauffées, tout en maintenant l’environnement des papillons à une température extérieure normale. Les résultats ne laissent aucun doute : à mesure que la température augmentait, les fleurs de fin de saison produisaient moins de nectar, et leur teneur en sucre diminuait.
On sait depuis longtemps que le monarque est menacé, mais cette étude révèle un risque sournois. « Nous constatons que les changements climatiques peuvent nuire indirectement aux pollinisateurs en dégradant les ressources dont ils dépendent, explique la professeure Kharouba. À mon avis, il s’agit d’un signal d’alarme pour quiconque s’efforce de protéger ces papillons, voire pour toute personne qui cultive un jardin ou entretient un parc dans le contexte du réchauffement climatique. »
Cette recherche a également inspiré une alliance unique entre science et art. En effet, elle est au cœur d’une exposition intitulée Papillonnements : Monarques et changements climatiques de l’artiste visuelle Valérie Chartrand. L’objectif était de susciter la discussion sur l’importance de prendre soin des créatures qui nous entourent et d’illustrer à quel point les interactions entre l’art et la science peuvent aider le public à mieux comprendre les questions environnementales complexes.
L’étude, intitulée « Warming-mediated decreases in nectar quality translate into lower energy reserves of the monarch butterfly (Danaus plexippus) », a été publiée dans la revue Global Change Biology Communications.
Journal
Global Change Biology
Method of Research
Meta-analysis
Subject of Research
Animals
Article Title
Warming-Mediated Decreases in Nectar Quality Translate Into Lower Energy Reserves of the Monarch Butterfly (Danaus plexippus)
Article Publication Date
20-Jan-2026