Article Highlight | 19-May-2026

Une équipe de recherche de l’Université Concordia étudie l’entraînement avec restriction du flux sanguin comme moyen d’accroître les bienfaits de l’exercice à faible intensité

Andreas Bergdahl et son équipe examinent comment cette méthode spécialisée pourrait améliorer les résultats sur la santé tout au long de la vie

Concordia University

Dans le laboratoire d’Andreas Bergdahl, professeur agrégé au Département de santé, de kinésiologie et de physiologie appliquée de l’Université Concordia, des étudiantes des cycles supérieurs examinent en quoi une pression exercée sur les membres peut amplifier les effets d’un exercice de faible intensité. D’après leurs découvertes, cette technique relativement simple, appelée entraînement avec « restriction du flux sanguin » (RFS), pourrait aider divers groupes de population à améliorer considérablement leur santé – sans se soumettre à l’effort exigé par les entraînements classiques de haute intensité. 

Dans le cadre d’une étude menée par la doctorante Daniela Presta, des personnes âgées – ayant en moyenne 70 ans – ont suivi un programme de musculation en ligne combinée à la RFS pendant cinq semaines seulement, à raison de séances bihebdomadaires réalisées à domicile. Malgré la courte durée du programme, ces personnes ont observé une nette amélioration de leur consommation d’oxygène lors d’un test assis-debout, qui constitue un indicateur clé de la capacité fonctionnelle. 

La consommation maximale d’oxygène (VO₂ max) est un indicateur essentiel de la santé cardiovasculaire : plus les valeurs sont élevées, meilleure est la condition physique générale, et moins le risque de maladie cardiovasculaire est important. Or, l’amélioration du VO₂ max nécessite généralement un entraînement soutenu et de haute intensité – un obstacle pour bien des gens, en particulier les personnes qui se remettent d’une blessure ou dont les problèmes de santé limitent leur tolérance à l’exercice.  

« La RFS permet de reproduire une bonne partie des effets physiologiques d’un exercice de haute intensité sans exiger le même niveau d’effort, explique le professeur Bergdahl. Plusieurs études récemment menées dans notre laboratoire commencent à montrer à quel point cette approche peut être efficace. »  

Éliminer les obstacles au mouvement 

L’entraînement avec RFS offre une solution de rechange en créant un stimulus physiologique semblable, mais avec une intensité beaucoup plus faible. 

« Grâce à la RFS, on peut atteindre plus rapidement cet état de surcharge musculaire tout en s’entraînant à faible intensité, poursuit Andreas Bergdahl. Cela pousse le muscle à réagir comme s’il était soumis à une intensité plus forte que la réalité, sans pour autant lui imposer un effort mécanique aussi intense. »  

Ce phénomène résulte d’une combinaison de changements métaboliques et circulatoires. En restreignant légèrement la circulation sanguine, le corps est amené à fournir un effort accru, ce qui accélère l’adaptation musculaire et prolonge les effets propices à la croissance. Ainsi, même des mouvements quotidiens de faible intensité, tels que la marche, la danse ou le fait de se lever d’une chaise, peuvent procurer de très bons résultats. 

Optimiser les entraînements à domicile 

En complément des travaux de Daniela Presta, la doctorante Emma Chen examine comment intégrer la RFS à des programmes d’exercices légers à faire à domicile. Ses recherches portent sur des mouvements inspirés de la danse, conçus pour améliorer l’équilibre et prévenir les chutes chez les personnes âgées. Dans le cadre d’un programme de douze semaines, les personnes participantes suivent à distance des entraînements de faible intensité et se rendent au laboratoire pour des évaluations périodiques. 

Ce modèle s’est révélé particulièrement utile dans les cas où les personnes se trouvent dans une situation de mobilité réduite ou d’isolement social. Combinés aux bienfaits éprouvés des exercices à domicile pour la prévention des chutes, les résultats de Daniela Presta montrent que l’ajout de l’entraînement avec RFS pourrait améliorer encore plus les retombées sans accroître l’effort physique.  

« La RFS n’est pas une technique qu’on peut appliquer à la légère, précise toutefois le professeur Bergdahl. Même si elle peut être utilisée à faible intensité avec un risque minimal de blessure ou d’accident cardiovasculaire, elle n’en reste pas moins une intervention qui agit sur le système cardiovasculaire; elle doit donc être réalisée correctement, dans des conditions de supervision appropriées. »  

Repenser l’activité physique tout au long de la vie 

En plus de tester la RFS sur les personnes âgées, le laboratoire du professeur Bergdahl explore l’application de la technique chez un large éventail de groupes de population, allant de personnes en réadaptation à des athlètes de haut niveau. Pour les gens qui se remettent d’une blessure ou dont la mobilité est limitée, la RFS offre un moyen de maintenir la masse et la force musculaires avec un minimum d’effort physique – un enjeu constant en milieu clinique. 

Parallèlement, les étudiantes du laboratoire d’Andreas Bergdahl analysent le potentiel de la RFS pour les personnes qui se remettent d’un cancer ou souffrent de maladies comme le Parkinson et la COVID longue, puisque la fatigue peut limiter la participation à des exercices classiques. D’après les premiers résultats, la RFS pourrait contribuer à améliorer la force et la capacité fonctionnelle et, dans certains cas, à atténuer les symptômes persistants. D’autres études – notamment les travaux de la doctorante Arielle Rousseau – examinent le rôle de la RFS pour soutenir les femmes en période post-partum.  

Le laboratoire étend par ailleurs ses travaux au domaine de la performance athlétique. Les prochaines recherches viseront à déterminer si la RFS peut accélérer la guérison d’une tendinite chez les membres de l’équipe universitaire de basketball de Concordia, tandis que d’autres projets examineront les effets de la RFS sur la réponse cardiovasculaire et la récupération chez les athlètes amateurs. 

Enfin, des collaborations avec l’Université du Québec à Montréal et l’Agence spatiale canadienne étudient comment la RFS pourrait contribuer à maintenir la force et les fonctions des astronautes avant, pendant et après un vol spatial. 

Ancrée dans des décennies de recherche 

La technique de RFS utilisée par le laboratoire d’Andreas Bergdahl s’inspire de l’entraînement KAATSU, la méthode originale mise au point au Japon dans les années 1960 par Yoshiaki Sato. Initialement testée sous forme d’auto-expérimentation par son créateur à la suite d’une blessure à la jambe, la technique reposait sur l’idée simple que l’application d’une pression contrôlée sur un membre pouvait influer sur la préservation et la croissance musculaires.  

Au fil du temps, cette approche a évolué pour se transformer en système plus sophistiqué fondé sur des cycles de compression et de décompression, donnant naissance à l’actuel KAATSU, qui signifie « pression supplémentaire ». 

Aujourd’hui, le KAATSU est considéré comme une méthode précise et modulable de restriction du flux sanguin. Il peut être utilisé pendant l’exercice pour améliorer l’activation musculaire et stimuler les réponses physiologiques typiquement associées à un entraînement de haute intensité, ou après l’exercice pour favoriser la récupération et réduire les courbatures. 

Vers des approches plus inclusives 

Si des outils scientifiquement précis comme les bandes KAATSU sont essentiels aux travaux de l’équipe de recherche, leur coût élevé – qui atteint souvent des milliers de dollars – peut toutefois freiner leur adoption à plus grande échelle dans les milieux communautaires et de rééducation. 

Pour remédier à la situation, le laboratoire du professeur Bergdahl teste des solutions moins coûteuses, notamment des bandes élastiques ajustées en fonction du niveau de confort des personnes participantes. Ces dernières reçoivent une formation sur la manière d’atteindre un niveau cible d’effort perçu, et peuvent ainsi reproduire les exercices chez elles, en toute sécurité, en effectuant des ajustements au fil du temps. 

L’objectif est d’intégrer ces interventions dans les milieux communautaires et de réadaptation, et de les mettre à la disposition des personnes qui en ont le plus besoin.  

« En adoptant la bonne approche, conclut Andreas Bergdahl, nous pouvons démocratiser les bienfaits de l’activité physique pour l’ensemble de la population. Cela aura des retombées considérables pour la santé publique. » 
 

Pour en savoir plus sur cette étude ou explorer les occasions de collaboration, communiquez avec Andreas Bergdahl

Découvrez le Département de santé, de kinésiologie et de physiologie appliquée

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